Ursula von der Leyen est à Sydney et Canberra cette semaine. Elle y vient pour boucler un accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Australie, négocié depuis 2018, enterré en 2023, ressuscité l'an dernier sous la pression des tarifs douaniers américains. Le Trade Commissioner Maroš Šefčovič l'accompagne. Les deux parties parlent de « dernière ligne droite ».
Pour les entreprises françaises qui regardent l'Australie, et en particulier le Western Australia, ce n'est pas un événement diplomatique abstrait. C'est un changement de cadre concret.
Accord commercial UE-Australie : minerais critiques contre accès agricole
L'architecture est un échange de marché : l'Australie ouvre l'accès à ses minerais critiques (lithium, cobalt, terres rares, hydrogène), et l'UE ouvre des quotas agricoles supplémentaires, notamment pour la viande bovine et ovine australienne. C'est sur l'agriculture que les négociations avaient échoué en 2023 : l'UE proposait 30 000 tonnes de bœuf, Canberra en demandait 40 000.
Mais au-delà de la viande et des minerais, l'accord devrait aussi réduire les barrières tarifaires sur les produits manufacturés européens, faciliter l'accès aux marchés publics, et harmoniser certaines normes réglementaires. Pour une entreprise française qui exporte vers l'Australie ou qui envisage de s'y implanter, chacun de ces éléments compte.
Investir à Perth : le lithium, l'hydrogène et les terres rares sont en Western Australia
Je vis à Perth depuis bientôt dix ans. Ce que je constate, c'est que la plupart des sujets au cœur de cet accord se trouvent physiquement ici.
Le lithium australien vient principalement du WA. Greenbushes, le plus grand gisement de lithium au monde, est à trois heures au sud de Perth. Les projets hydrogène se concentrent dans le Pilbara et le Mid-West. Les terres rares sont dans le Goldfields. Quand l'UE signe un protocole d'accord sur les minerais critiques avec l'Australie, comme elle l'a fait récemment, c'est du Western Australia qu'il s'agit en pratique.
L'an dernier, 24 ambassadeurs de pays membres de l'UE se sont déplacés ensemble en WA pour une visite conjointe dans le secteur minier. C'est la plus grande délégation diplomatique européenne dans cet État depuis des années. Ce n'est pas un hasard.
Et pourtant, von der Leyen ne vient pas en WA cette semaine. Sydney et Canberra, pas Perth. Il y a un décalage entre les priorités affichées de l'accord et la géographie de l'engagement diplomatique. C'est aussi un espace à occuper pour les entreprises françaises qui comprennent le terrain.
Tarifs douaniers, minerais critiques, indications géographiques : ce qui change pour les exportateurs français
Concrètement, plusieurs choses.
La réduction des tarifs douaniers sur les produits manufacturés avantage directement les exportateurs français vers l'Australie. L'UE affiche un excédent commercial de 26,5 milliards d'euros avec l'Australie. Ce déséquilibre ne va pas se réduire si l'accès au marché s'améliore pour les produits européens.
L'accès aux minerais critiques dans un cadre bilatéral structuré change la donne pour les industriels français engagés dans la transition énergétique. Aujourd'hui, l'approvisionnement en lithium et en terres rares passe largement par la Chine. L'accord UE-Australie offre une alternative, avec un partenaire démocratique, dans un cadre juridique prévisible. Pour les entreprises françaises du secteur des batteries, de l'automobile électrique, ou de la défense, c'est une filière d'approvisionnement à sécuriser. Et le WA en est la source.
La question des indications géographiques est plus complexe. L'UE pousse pour la protection de centaines d'appellations : Prosecco, Feta, Parmesan, entre autres. Pour les producteurs français de vin et de fromage, c'est un enjeu direct. Si l'accord inclut des protections renforcées pour les IG européennes en Australie, cela signifie que les producteurs australiens ne pourront plus utiliser certaines appellations pour des produits locaux. C'est une protection pour les exportateurs français, mais c'est aussi un sujet politiquement sensible ici, notamment dans le secteur viticole. Le Prosecco australien représente à lui seul un marché de 205 millions de dollars.
Le vin français en Australie bénéficierait aussi d'une réduction tarifaire. L'accord existant entre l'UE et l'Australie sur le vin (mis à jour en 2010) ne couvre pas les droits de douane. Les exportateurs australiens paient actuellement des droits à l'entrée sur le marché européen, ce qui les désavantage face au Chili ou à l'Afrique du Sud qui bénéficient d'accords de libre-échange. Un FTA complet rééquilibrerait les conditions, dans les deux sens.
Commerce France-Australie : le contexte géopolitique derrière l'accord
Il faut lire cet accord dans son contexte. Les États-Unis ont imposé des tarifs généralisés sur leurs partenaires commerciaux. La Chine reste le premier partenaire commercial de l'Australie, mais la relation est sous tension depuis 2020. L'UE cherche à diversifier ses partenariats. Elle vient de conclure des accords avec l'Inde, le Mercosur, le Mexique, la Suisse et l'Indonésie en quelques mois.
L'Australie, de son côté, a besoin d'alternatives. L'accord avec l'UE n'est pas seulement commercial : c'est un ancrage stratégique dans un monde où les alliances traditionnelles se reconfigurent.
C'est d'ailleurs ce que j'appelle le « partenariat diagonal » : l'idée que des démocraties de taille intermédiaire comme l'Australie, la France et le Canada ont intérêt à renforcer leurs liens directs, en dehors des axes Washington-Pékin. Ces trois pays partagent des systèmes juridiques compatibles, des économies complémentaires, et une vision commune du multilatéralisme. L'accord UE-Australie s'inscrit dans cette logique. Il ne remplace pas les relations avec les grandes puissances, mais il crée un maillage entre pays qui pensent le commerce, la gouvernance et la souveraineté de manière comparable. Pour les entreprises françaises, c'est un atout sous-estimé : investir en Australie, ce n'est pas aller à l'autre bout du monde, c'est travailler avec un partenaire qui raisonne de façon proche. Un cadre réglementaire de plus en plus commun, des barrières en recul, et un signal politique fort des deux côtés.
S'implanter en Australie-Occidentale : ce que je vois depuis Perth
Je travaille à l'intersection de ces deux mondes depuis dix ans. Ce que je peux dire aux entreprises françaises qui envisagent le marché australien, c'est que le WA n'est pas Sydney. Le marché est plus petit, plus concentré, plus technique. Mais c'est là que se trouvent les ressources que l'Europe veut sécuriser, et c'est un marché où une entreprise française bien préparée peut se positionner rapidement, à condition de comprendre les codes locaux.
L'accord UE-Australie va changer les conditions d'accès au marché. Les entreprises françaises qui connaissent déjà le terrain australien seront les premières à en profiter. Les autres ont intérêt à s'y mettre maintenant.
Implantation en Australie : Confluence Pacific vous accompagne à Perth
Confluence Pacific accompagne les entreprises françaises et européennes qui veulent s'implanter en Australie-Occidentale ou y développer leurs activités. Étude de marché, mise en relation avec les acteurs locaux, cadrage réglementaire, stratégie d'entrée : nous faisons le travail de terrain que vous ne pouvez pas faire depuis Paris.
Basés à Perth, franco-australiens, nous connaissons les deux côtés de la table. Si cet accord vous concerne, parlons-en avant que vos concurrents ne le fassent.